Mon expérience avec Peter Wohlleben

Dernière mise à jour : 28 mars



C’était pendant la première vague que j'ai vécu pour la première fois de ma vie en pleine harmonie avec la nature. Au milieu de la forêt avec un cheval, un chat sauvage et un vol de corbeaux qui m'attendaient tous les matins à 9 heures pile pour leur petit-déj. Jamais avant ni après, je me suis senti autant en paix avec moi-même. Nous, les humains, avons mis en place un système qui nous fait croire que la satisfaction et le bonheur se construisent dans un cadre qui ne correspond pas à notre nature. Bien sûr, celui-ci nous offre beaucoup de confort et de douceurs. Mais depuis 2020, je suis convaincue que la vraie paix et le véritable bonheur ne peuvent être vécus qu'en harmonie avec la nature. Depuis, malgré mon boulot de bureau, la digitalisation croissante et mon appartement conventionnel, je m'efforce de passer le plus de temps possible dans ce lieu qui est devenu pour moi le véritable habitat d'un être humain. C'est le seul endroit où je me sens vraiment authentique, ancrée et en harmonie avec mon environnement. Il est donc d'autant plus important pour moi de protéger notre nature. Et c'est pourquoi je suis très heureux que des personnes comme Peter Wohlleben, permettent au grand public d'y accéder autrement. Il est devenu un ambassadeur de la nature.

J'ai donc profité de la première vague de la pandémie pour apprendre plus sur les forêts primaires, la relation entre l'homme et la nature ainsi que les moyens de nous sortir de la crise climatique. Très vite, je suis également tombée sur le forestier le plus célèbre de mon pays, l'Allemagne : Peter Wohlleben. Lorsqu'on m'a demandé quels était mes vœux de Noël, j'ai souhaité participer à un de ses séminaires. En effet, l'homme qui murmure à l'oreille des arbres partage ses connaissances secrètes sur le « Wood Wide Web », la sensibilité des arbres à la douleur ou la gestion écologique des forêts non seulement par le biais de son film ou ses best-sellers désormais connus dans le monde entier, mais aussi grâce à sa nouvelle « académie de la forêt » la « Waldakademie » dans sa région natale : la charmante forêt de l'Eifel, dans l'ouest de l'Allemagne. Cette académie n'a rien à voir avec le cliché d'une vieille profession dominée par les hommes qui colle encore souvent à la peau des administrations forestières, mais est au contraire entre les mains d'une équipe jeune, féminine et dynamique autour de son fils Tobias Wohlleben et sa amie ainsi que du jeune garde forestier Josef Eichler. Et celle-ci s'agrandit de plus en plus. En outre, Peter forme également ce qu'il appelle des « Waldführer », qui ont pour mission de familiariser les gens d'autres régions avec la nature.

Il faut bien l'avouer : Des titres de livres comme « La vie secrète des arbres » font d'abord penser à des livres ésotériques. Mais les œuvres de Peter sont pleines d'arguments scientifiques. Celui qui choisit ce métier n'est pas seulement résistant aux intempéries, c’est aussi souvent son amour pour la nature qui l’a attiré vers la forêt. Alors que de nombreux collègues doivent encore s’embêter avec des coupes à blanc, la chasse et les monocultures, Peter a choisi une voie particulière et est devenu un forestier « alternatif ». Peter Wohlleben poursuit de grands objectifs dans sa petite forêt de l'Eifel.

Et il se tient là. Sa stature elle-même fait penser à un hêtre. 1,98 mètre de taille, des pieds tout aussi grands et une barbe grise. Des participants viennent de toute l'Allemagne pour ce week-end particulier. Son agenda est rempli d'apparitions à la télévision et des lectures de livres. C'est pour cette raison-là que cette coryphée nous accompagne que pendant la moitié du temps lors de ce week-end.

Peter décrit les doutes qui se sont installés doucement mais sûrement lors de sa carrière comme ceux d‘un aimant des animaux qui a décidé à tort de devenir boucher et qui ne comprend que lentement à quel point sa propre philosophie ne correspond pas à sa mission. Comme je l'ai déjà entendu de la part d'autres gardes forestiers, ces doutes te rongent de plus en plus. Il faisait fausse route (ironiquement, en allemand on dit : il était sur un « chemin en bois »). Lorsque Peter est finalement victime d'un burn out, il en tire les conséquences pour lui-même. Sa épouse le persuade de mettre ses idées par écrit. Ce n'est certainement pas ce à quoi cet homme d’origine de la ville de Bonn, qui a les pieds sur terre, aurait pu s'attendre.

Notre séminaire porte sur la gestion durable d'une forêt et s'adresse spécialement aux propriétaires des forêts ou à ceux qui envisagent de les devenir prochainement. Les motivations pour y participer sont très variées. Il y a le couple de passionnés de la chasse qui a hérité de parcelles, il y a un végétalien qui souhaite interdire strictement la chasse dans sa propre forêt ou il y a l‘ermite qui veut couper son propre bois de chauffage. Les raisons sont multiples et les participants viennent de toutes les régions d'Allemagne et même (dans mon cas et celui d'une autre jeune femme) de l'étranger. Mais Peter souhaite avant tout nous encourager à cultiver nos parcelles au rythme doux de la nature. Car c'est le meilleur moyen d'avoir une forêt saine et riche en espèces, où les arbres fournissent du bon bois et où les animaux se sentent bien. Et pour garantir le bon fonctionnement d'un tel écosystème, il n'est pas nécessaire d'avoir étudié les sciences forestières ! Il tente de nous transmettre tout ce que nous devons savoir lors de ce séminaire intensif d'un week-end.

Contrairement à la sylviculture conventionnelle, la forme écologique a pour objectif de créer une forêt aussi proche que possible de la nature. Et sous nos latitudes, ce sont surtout des feuillus qui y poussent (dans les Alpes, il y a aussi des conifères). En outre, les arbres vieillissants et le bois mort y ont également leur place. Dans la sylviculture, en revanche, c'est rarement le cas et la plupart des arbres sont abattus après seulement un tiers de leur durée de vie. Pourtant, de nombreuses espèces animales et fongiques ne trouvent leur habitat que dans des forêts bien plus anciennes. De plus, de nombreuses espèces animales occupent des cavités d'arbres qui ne se forment qu'à partir de 300 ans. Ainsi, nos forêts locales d'Europe centrale perdent de plus en plus leur biodiversité et de nombreuses espèces sont menacées d'extinction. Le Murin de Bechstein, par exemple, change les colonies maternelles tous les quelques jours pour des raisons d'hygiène et dépend donc d'une large offre de cavités dans les arbres. Et l'intérieur des troncs morts empêche de nombreux organismes sensibles de mourir de froid en hiver. Or, il n'y en a de loin pas assez. Dans une forêt vierge, on trouve jusqu'à 200 mètres cubes de bois mort. Dans les forêts conventionnelles, le bois ne peut que trop rarement rester sur place et est déjà récolté avant d'être cassé, avant que le bois ne pourrisse. Ce qui n'a que peu de valeur économique offre souvent une base existentielle à des espèces animales menacées d'extinction. Les forêts vierges naturelles sont des sacrés « hotspots de la biodiversité ».

Et Peter nous montre qu'il est également possible d'exploiter de telles forêts vierges d’une façon économique en restant proche de la nature. En plus d'une récolte de bois réduite, des activités annexes telles que des cimetières forestiers, l'offre de certains cours en plein air et de survie ou des parrainages de la forêt sont également envisageables pour tirer profit d'une forêt proche de la nature. Peter et son équipe de la « Waldakademie » utilisent déjà eux-mêmes un grand nombre de ces options. Peter avait par exemple proposé un cours du week-end pour 400 € par personne, au cours duquel les participants ont construit une cabane en rondins à partir d'épicéas qu'ils avaient eux-mêmes abattus, ils ont mangé autour d'un feu de camp et ils ont dormi à la belle étoile. Le cours a eu beaucoup de succès.

Lors des longues promenades à travers la forêt de la « Waldakademie », nous apprenons également des différentes manières afin de déterminer l'âge d'un arbre, comment déterminer l'accroissement du bois de différentes essences, lesquelles sont les aides financières disponibles pour les propriétaires forestiers alternatifs et ce que l'on ressent en se trouvant face au plus vieil arbre du monde.

Il nous explique également que le choix des arbres devrait dépendre de la nature du sol et du climat local. Alors que les chênes sont prédestinés aux sols secs, les frênes, les érables ou les aulnes se sentent plutôt à l'aise dans les zones humides. L'utilisation de chevaux de débardage est particulièrement respectueuse du sol et du peuplement restant lors de la récolte du bois. Avec une telle approche, nous assumons notre responsabilité envers la nature et, en fin de compte, envers la prochaine génération. De plus une forêt est en bonne santé, de plus elle est productive !

Ceux qui, comme moi et ma mère, ont déjà lu presque tous ses livres, auront souvent une impression de déjà-vu lors de ces balades avec Peter Wohlleben. Ainsi, de nombreuses anecdotes ont déjà été décrites dans ses best-sellers. Mais malgré cela, ce séminaire intensif, avec ses nombreux exercices pratiques, ses nombreuses possibilités de poser des questions individuelles et, surtout, ses longues randonnées à travers les paysages époustouflants de l'Eifel, en valait plus que la peine. Tout comme dans ses livres, Peter utilise de nombreuses métaphores dans la vie réelle, ce qui rend ses explications encore plus claires et vivantes. Il compare ainsi le travail d'un forestier conventionnel à celui d'un boucher ou parle d'un élevage de masse dans la forêt quand il parle de la sylviculture conventionnelle.

D'ailleurs, Monsieur Wohlleben pense que la nature se régénérera toujours. Mais il n'est pas sûr si notre espèce humaine va pouvoir le faire un jour. Car à long terme, nous ne mettons pas la nature en danger, mais en fin de compte notre propre niche écologique. Ainsi, selon Peter, la protection de la nature concerne moins la nature elle-même que notre civilisation. Il s'agit d’assurer notre propre survie.

De notre éco-correspondant

Katharina Kopp

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