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La valse des ronds bleus et rouge ou le mythe de la protection en forêt de Fontainebleau !



Depuis un an et demi, un phénomène que l’on pourrait baptiser « d’éco-terrorisme insidieux et humoristique» frôle les milliers de troncs d’arbres de la forêt de Fontainebleau. C’est ce que certains nomment « la valse des ronds bleus ». C’est un phénomène assez nouveau et de plus en plus massif qui s’est développé depuis l’hiver 2021. Rappel des faits. A l’époque, une coupe assez franche défigure le paysage de l’entrée de Samois sur Seine, provoquant la création d’un collectif et d’une pétition qui rassemblera près de 30 000 signatures sur internet. Point aigu de cette coupe, le bûcheronnage d’un chêne plusieurs fois centenaire, en bord de route et muni d’un vrai point bleu AFF. Les points bleus sont décernés par le Groupe des Arbres Remarquables de l’association des amis de la forêt. L’idée : protéger certains arbres, notamment pour leur rare élégance, leur âge avancé ou leur rareté biologique. Actuellement on compte environ 1250 arbres qui possèdent un rond bleu. C’est une sorte de tradition de protection qui remonte bien entendu au XIXème siècle. Les peintres de Barbizon d’abord, qui en 1853 vont obtenir le classement de quelques 700 hectares, comprenant de nombreuses majestés arbres. On nommera cela une Réserve Artistique. Le premier mini parc national au monde, bien avant celui de Yellowstone créé officiellement en 1872. Puis ce fût Denecourt, le génial créateur des sentiers bleus (de plus en plus fréquentés et dégradés d’ailleurs) qui désignera les plus belles cîmes, par un numéro. Les beautés sylvestres se nommaient : le Nid de l’Aigle, Le Charlemagne, le Roland. C’est aussi ceux que l’on voit sur les si nostalgiques cartes postales anciennes, souvent accompagnés de buvettes, où le touriste venu de Paris, pouvait se rafraîchir et admirer les géants d’une forêt « Monument » baptisé par Victor Hugo. Le sylvain Colinet continua cette œuvre de protection, en liaison avec les forestiers des Eaux et Forêts. Une autre époque. Justement cette tradition se renforça en 1969, sous l’égide de Xavier de Buyer, chef du centre 0NF. Il réclama auprès des associations, une liste des arbres dont le conservation serait souhaitable pour différents motifs : esthétique, scientifique ou historique. Il donna lui même l’exemple en traçant un rond noir de dix centimètres sur des sujets qu’il aimait bien : chênes du Bas-Bréau à Barbizon, Dormoir du Lantara, hêtres en bouquet, etc. Des membres des AFF entreprirent ensuite un grand travail de reconnaissance des arbres remarquable : localisation, circonférence, état sanitaire. A l’époque c’est près de 700 arbres qui reçoivent le label protecteur, ce rond bleu Denecourt, autorisé par l’ONF, de 8 cm de diamètre. Actuellement ils sont 1250, selon une récente liste des AFF. Sur le terrain ce sont des courageux bénévoles (ceux qui agissent vraiment) qui sont chargés de repérer et marquer ces arbres dits prestigieux. Un monopole offert à l’association. Un monopole peut-être à bout de souffle, faute de combattants. Nous y reviendrons. L’association ARBRES, sur sa carte des arbres remarquables y a apparemment juste noté le fameux chêne du rocher Canon.


Samois et ses ronds rouges.


Mais revenons en arrière, au printemps 2021. A cette époque, en réaction à une coupe très marquée à Samois et à l’abattage du vieux chêne à rond bleu, un commando se met à peindre des ronds bleus partout. Sur des gros chênes bien sur, mais bien d’autres également. Il semble qu’il y a un signe symbolique évident de la protestation contre des coupes contestées. Sachant que des ronds rouge sont le symbole de l’abattage. Les ronds bleus sont symboles de protection ou presque. Mais pour les initiés, ils sont reconnaissables car plus petits que les dits authentiques (60 mm de diamètre) et réalisé au pochoir et à la bombe. Les dits vrais sont réalisés comme suit. On arase un peu l’écorce, puis on dessine le rond au pinceau. Bref, depuis un an et demi, les ronds bleus se propagent comme un virus. On les voit partout, partout. Quelquefois, certains chemins forestiers ressemblent à une galerie d’exposition de ronds bleus. Un nouvel art contemporain ? Dans un article publié voilà quelques mois dans un journal dit local, les membres du GAR se confient. « On pense que les auteurs veulent protéger les arbres, mais c’est l’effet contraire car il devient plus difficile d’identifier les vrais ronds bleus ! » C’est peut-être le but non ? Jusqu’à présent, les arbres dits remarquables n’étaient pas géo localisés. Un projet en cours apparemment. En attendant un groupe de très courageux bénévoles a essayé patiemment « d’effacer les faux ronds ». D’après une rumeur, près de 3000 auraient été effacés. Mais le commando faux ronds bleus est têtu. Et des faux ronds bleus s’installent à côté des faux repeints. Un gouffre sans fin (nos photos). Peut-être à l’image de toutes ces coupes de bois si destructives des années 70-2000 qui ont en partie détruites beaucoup d’écosystèmes forestiers. D’où notamment la mauvaise repousse en régénérescence naturelle ou artificielle. Alors ces ronds bleus s’apparentent ils à un certain vandalisme ou pire à de l’éco terrorisme ? On risque une amende résultant du code forestier : oui. Pour s’être armé d’un pinceau ou d’une bombe de peinture. Soit. Mais les derniers vandales qui ont fait un graf géant aux gorges de Franchard, où sont ils ? Quelle amende ? Et c’est beaucoup plus grave. Les grimpeurs qui sur utilisent la magnésie et dégradent les chaos rocheux. Une amende ? Les vététistes trail qui s’amusent dans les réserves biologiques et dégradent la biodiversité. Une amende ? Les chasseurs qui pénètrent en groupe dans les mêmes réserves biologiques. Une amende ? Ceux qui vandalisent les gravures rupestres ou des carriers. Une amende ?


Des marques évanescentes


Pour moi l’époque des ronds bleus et du monopole a bien vieilli. Nous collectif de ceux qui aiment vraiment la forêt, nous pensons que tous les arbres sont remarquables et forment une seule et même famille. Mais l’humour écologique n’a pas de limites. La rumeur, vérifiée sur le terrain, montre que certains ont décidé de couvrir non pas des ronds bleus, mais des ronds rouges. Les mêmes ou d’autres utiliseraient une peinture dite écorce, pour recouvrir les ronds rouges et ainsi retarder la coupe d’un arbre remarquable. C’est à dire les quelques et rares séculaires qui subsistent dans le massif. Bientôt, le public ne verra que des arbres jeunes. Les plus anciens ne verront plus leurs cimes grimper jusqu’à 30 mètres. Car par manque d’humidité (disparition du sous-étage, assèchement du massif, pompage des nappes phréatiques, enrésinement et réchauffement climatique), la séve ne pourra s’élever très haut. Les chênes ou les hêtres seront moins gros, peut-être moins élégants, moins géants qu’ils étaient jusqu’à peu. La forêt a peut-être également atteint la fin d’un cycle, comme notre humanité. Mais la nature reprendra toujours le dessus. Pas l’être humain. Adieu ronds bleus, ronds rouge, ronds beige, triangles chamois et autres marques artificielles et évanescentes.

Ah oui un dernier conseil, allez









découvrir 3 géants chênes encore visibles en bord d’un chemin. Je les ai baptisé les 3 Mousquetaires, car ils sont en bande, au dessus de la mare aux fées (il faut chercher un peu, sinon c’est trop facile. ILS ONT SÛREMENT PLUS DE 400 ANS !!! (Ce n’est pas dans la réserve Biologique intégrale inaccessible.) Ils mériteraient une salve d’applaudissement, une statue, un poème (à vos crayons), une danse, des non volées de bois vert, mais des envolées de mots doux, doux mais résistants comme les Corses.


Pascal Villebeuf

Président de l’association Sauvez la forêt de Fontainebleau.

Membre de l’ANVL et du collectif de défense des forêts d’Ile-de-France.

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