GRIMPEURS ! VOTRE RÔLE C’EST DE PROTEGER LA FORÊT DE FONTAINEBLEAU, PAS DE LA CONSOMMER !!!!!!!!!!!!

Grimpeurs ! Votre rôle c’est de protéger la forêt de Fontainebleau, pas seulement de consommer du loisirs !

Bonjour ! J’interpelle souvent le public sur la protection indispensable, que dis je? La survie du massif de Fontainebleau. Beaucoup s’en préoccupe, je le vois à travers des dizaines de messages sympas qui m’encouragent à expliquer ce qui se passe à Fontainebleau derrière la belle vitrine vantée par certains, pour attirer encore plus le touriste et le consommateur de forêt. Et il est là le problème des forêts dites péri-urbaines. C’est la consommation de l’espace et non son respect. Tout le monde s’offusque des déchets déposés par des inconscients : dépôts domestiques ou dépôts d’artisans au bord des routes. Mais c’est l’arbre qui cache la forêt des dégradations qui défigurent peu à peu le drapeau brandit haut d’un massif dit d’exception. Malheureusement l’exception ne concerne que quelques lambeaux de nature, notamment les réserves biologiques, les plâtières….Mais qu’en est il des pratiques dites sportives ou de loisirs en forêt de Fontainebleau ? On a beaucoup parlé de la pratique non respectueuse du VTT. Ils semblerait que l’ONF qui voulait à un moment brader les sentiers bleus à cette pratique ait pris conscience qu’il fallait renoncer à cette folie. L’avenir nous le dira. Mais aujourd’hui, nous allons parler des dérives de l’escalade. Un phénomène, une mode qui ne cesse de se développer, notamment à cause de l’ouverture un peu partout des salles d’escalade. Et simplement la pratique de la grimpe indoor, n’a pour moi rien à voir avec une pratique dans la nature. Si on dégrade des prises dans une salle, on peut toujours la changer. Si on abîme des blocs de grès, la nature ne va pas rien réparer. Si l’on constelle les rochers de tâches de magnésie, tâches qui finissent par être permanentes, c’est un scandale. Si l’on piétine partout, cherchant sans arrêts de nouveaux blocs, hors circuit, créant de nouvelles sentes, on dégrade la nature, on trouble de plus en plus la tranquillité de la faune, on piétine la flore, on ne respecte plus rien. Si on dégrade un monument historique comme une église, on est hors la loi. Si l’on dégrade la nature, on ne risque pas grand chose. Et il est là l’avenir de notre société. Avons nous uniquement des droits envers la nature, celle qui nous permettra de survivre, ou avons nous des devoirs ? Quand on entend cette phrase ridicule : « la forêt est à tout le monde », ou « on est plus libre de faire ce que l’on veut » le bilan est lourd à digérer. Ce bilan on l’a bien sous estimé, ce jeudi 30 juin, lors d’une commission escalade, organisée par l’Office National des Forêts et le COSIROC (comité de défense des sites et rochers d’escalade). Dans le cadre du label Forêt d’exception FODEX), il s’agit pour l’ONF de remettre à plat les pratiques de l’escalade et de la réglementer, pour éviter les nombreuses dérives enregistrées depuis trente ans et qui ne cessent de s’accentuer. Il est notamment question de définir des zones d’escalade afin de mieux contrôler cette pratique. Jeudi soir, la salle était remplie de nombreux grimpeurs, des représentants de la Fédération Sportive et Gymnique du Travail, Groupe Universitaire de Montagne et de Ski, Club Alpin Français, Gersar (Groupe d’étude et de recherches et de sauvegarde de l’art rupestre), un responsable de salle, en l’occurrence Karma, la salle de Fontainebleau….Il s’agissait pour l’ONF de présenter en avant première la Charte des Bonnes Pratiques de l’escalade. Le message est clair : « Nous aimons la forêt, protégeons-la ! » Six messages doivent passer.

1. « Les grimpeurs doivent pratiquer leur loisir, uniquement dans les sites autorisés ». C’est un des problèmes majeurs des dérives de l’escalade et du drapeau de la liberté individuelle. Escalade des cotations, de l’ouverture de nouvelles voies (déjà 300 000 à BLO), 140 circuits : blanc, orange, bleu, rouge, mauve….Un site : bleau.info détaille ces circuits par secteurs, du Cuvier à Apremont en passant par les Trois Pignons. Les secteurs les plus réputés et sûr fréquentés sont le Bas Cuvier, Noisy sur École (Roche aux Sabots), Franchard Isatis….. Les problèmes sont nombreux : pratique non contrôlée et non autorisée dans des réserves biologiques, brossage de blocs à la brosse métallique un peu partout, pour des ouvertures de voie. Avec une multiplication des sentes dans les parcelles, alors qu’il est fortement déconseillé de sortir des sentiers balisés. On ne parle pas des nombreuses prises brisées, des perçeuses, des déchets non ramassés…Donc, une réglementation plus ferme devient obligatoire.

2. Ne pas grimper sur des rochers mouillés. C’est dangereux. Et de plus il n’est pas rare de voir des grimpeurs avec des séche-cheveux. Une dinguerie!

3. Chaussons propres. Essuyez ses chaussons d’escalade à chaque essai sur les voies d’escalade. Pour cela, munissez vous d’un paillasson. Et frottez le dessous de la semelle avec un chiffon. Les prises doivent aussi être époussetée avec un chiffon (voir vidéo).

4. Magnésie et brossage : usage limités. C’est sûrement l’un des dommages les plus visibles de la pratique de l’escalade. Les Bleausards (grimpeurs du crû) semblent presque tous utiliser la magnésie de façon raisonnable. Mais on pourrait certainement s’en passer. La poupée à pof (colophane de luthier) est préférable pour beaucoup de spécialistes. Le problème c’est qu’une majorité engraisse les blocs de grès fragiles en déposant trop trop de magnésie (voir nos photos). Voilà quelques semaines, à Franchard Isatis, nous avons vu des Suédois plâtrer les prises, soi disant pour mieux grimper. Rappelons que la magnésie était au départ utilisée par les gymnastes notamment pour mieux adhérer aux barres de fer. La magnésie rassure bp de monde, comme un mantra incontournable, contre la sudation des mains. Mais il faut limiter au maximum son utilisation. Après il est conseillé de nettoyer les prises avant et après avec des brosses douce (pas de brosse métallique ou nylon surtout). Mais le brossage répété, avec la magnésie, lisse les prises de grès et de calcite. La voie peut facilement devenir impraticable.

5. Limiter l’érosion. Déplaçons les crash pads (matelas amortisseur) en les soulevant et non en les traînant sur le sable, ce qui aggravera l’érosion des sites. Evitez de piétiner la végétation située tout autour des blocs.

6. Gravures rupestres. Des gravures rupestres sont quelquefois présentes dans les sites d’escalade. Il faut les respecter et ne pas les dégrader. Certains et de plus en plus sont tentés d’y graver leurs noms ou veulent s’improviser artiste préhistorique.

cette charte des grimpeurs va être distribuée notamment dans les salles d’escalade. Car c’est là que se situe le problème. On s’interroge pour savoir si les responsables de salles font leur boulot de pédagogie avant que les apprentis grimpeurs et les autres aillent dans la nature. Normalement cette charte (voir photo) devrait être aussi visible sur des affiches. L’ONF, hier soir a communiqué plusieurs chiffres. L’un d’eux est intéressant. Le nombre de grimpeurs aurait augmenter de 22% entre 2021 et 2022. Entre 2015 et 2022, le site de Franchard Isatis aurait vu sa fréquentation augmenter de 83%. En revanche celle du Bas Cuvier aurait fortement baissé, de 79 796 à 66203 passages de voitures, selon les éco-compteurs placés sur les parkings. Et au total, la fréquentation touristique serait passé, d’après un calcul approximatif de 11 à 15 millions de visites par an. Des augmentations qui prouvent qu’il est nécessaire de réglementer l’ensemble de l’accueil touristique, avant que la forêt de Fontainebleau, berceau de l’écologie ne devienne un parc d’attraction, un bois ordinaire. Et on en prend sérieusement le chemin. Certains, comme le responsable de La Tribune Libre de Fontainebleau ont souligné que l’ONF aurait dû prendre en compte cette problématique bien avant. Il est vrai que les maigres panneaux FFME/ONF qui se cachent sur les parkings sont inefficaces. Je souhaitais avec d’autres comme François Lesin, Thierry Foiret, Greg Clouzeau et bien d’autres monter des journées pédagogiques sur le thème du bien grimper. Mais au vu des discussions stériles d’hier soir, je me pose sérieusement la question. A un moment où l’ONF se décide à réglementer l’escalade, Sophie David, chef de Projet du Fodex a eu le malheur de prononcer le mot zone interdite à l’escalade. Et là les protestations ont fusé, genre c’est un scandale, on ne veut pas d’interdiction. Enfin bref de vrais gamins irresponsables et je pèse mes mots. Bien sur c’est 3 personnes qui protestent. Mais pour les autres qui ne dit mot consent. Certains, sûrement de bonne foi, voudrait aménager les zones d’accueil d’escalade. Ainsi à Larchant , on parle de la saleté des alentours de ces parkings. Ce serait une honte. Oui une honte pour les non citoyens. Mais on a l’habitude. Alors il est question de réclamer des toilettes sèches. Pour ceux qui l’ignorent, il s’agit de toilettes dites écologiques. Simplement cette demande qui pourrait se justifier dans un camping ou à la limite dans un bivouac officiel, peut conduire à des dérives. D’abord c’est le début de structures d’aménagement qui vont à l’encontre de l’intégrité environnementale du massif. C’est le doigt dans l’engrenage de la facilité : un problème égal un aménagement. De plus, qui va financer : l’ONF?, le département ? La commune? Reste à savoir qui entretiendra ce genre d’installation, au quotidien ? Et qui va l’utiliser? Si le grimpeur est à un km du parking. Va t-il refaire le chemin inverse? Et pourquoi pas des douches, des buvettes partout et pour finir du camping n’importe où, n’importe comment?

En revanche que sur chaque parking important, il y ait, à la belle saison, un accueil personnalisé et recommandé pour les grimpeurs oui. J’ai envie de dire, chaque grimpeur devrait signer la charte, s’engager. Bp de Bleausards, se sont effectivement engagés ces dernières années dans la pédagogie. Grégoire Clouzeau and co avaient distribué des paillassons, des mini-brosses. Mais cela ne suffit plus. Hier soir on a plus parlé de qui avait envie de tracer son nouveau circuit blanc, jaune ou orange que de pédagogie. C’est plutôt et toujours la sacro sainte liberté individuelle que La Défense de la nature. Cette masse de grimpeurs, pas obligatoirement les présents d’hier soir, ont ils conscience, que de toute façon, un jour, il faudra interdire car tout sera abîmé, détruit, vandalisé. Non, on préfère la fuite en avant et s’offusquer d’une éventuelle réglementation des zones d’escalade. L’ONF veut les encadrer et interdire les hors zones et c’est très bien. Un peu tard. Mais bien. Et ce n’est pas une opinion personnelle. Juste un peu de recul et d’analyse depuis trente ans de reportage. On a aussi parlé des vans. Ahhhh les vans. Précieuse invention. Car ce n’est pas considéré comme une caravane (vide juridique). Du coup, il n’est pas interdit de stationner plusieurs jours voire plusieurs semaines avec son van en forêt. Et les installations qui peuvent en découler : véranda improvisée, hamac entre les arbres. Difficile de verbaliser dixit l’ONF. Eh oui, c’est là que l’idée des éco-gardes revient. Des éco-gardes ONF bien sur. Des emplois à créer à Fontainebleau maintenant et pas demain. Monsieur le nouveau député Valletoux, si vous nous lisez ? Si le public apprend que des éco-gardes vont passer régulièrement sur les sites d’escalade, les sites à barbecue, les chemins propices au dépôt de déchets, vous verrez que l’attitude du public changera. Mais on chipote, on ergote, on veut réglementer sans trop réglementer, punir mais les forestiers ne veulent p as passer pour des policiers. Et on peut les comprendre.


Pour revenir un instant à la création de circuits. Il n’y en a pas assez ? Ou c’est juste pour justifier un besoin pas obligatoire. Exemple, au « Restant du Long rocher », à Bourron Marlotte. Il existe du orange, du bleu mais pas du blanc pour les enfants. Le parking de la Plaine Verte est relativement grand. Mais est-ce utile de créer un aspirateur supplémentaire à public, surtout sur un parking qui n’est pas en lisière, mais un des seuls situés au cœur du massif. On sait tous que la création d’un besoin nourrit le besoin. Peut-être faut il tout simplement faire le point sur les circuits blancs et famille, situés ou non près des grands parkings et mieux les indiquer. Par un panneau par ex.

A Apremont, un membre du Cosiroc souhaitait tracer un nouveau circuit au lieu dit Apremont chouette. Le chef de triage ONF s’y est opposé. « Il faut garder des zones de quiétude pour la faune. Et préserver la flore locale, comme les lichens et les mousses» souligne Sophie David, patronne du Fodex. Oui car à la loupe, on s’aperçoit que le massif de Fontainebleau est truffé de lichens et de mousses remarquables. Quand des grimpeurs ouvrent de nouveaux blocs et brosse la paroi. Les raretés sont détruites, avec la plus grande indifférence. D’où l’idée que les Naturalistes de Fontainebleau (ANVL) déterminent des zones rocheuses à ne pas toucher. A la fin de la commission escalade, trois groupes de travail ont été créés : entretien des circuits, inventaires des topos, sites internet, applications et création des zones officielles d’escalade. Mesdames et messieurs, amoureux de la grimpe, réfléchissez !! Protéger la nature est une priorité, avant une consommation destructrice !!!! Maintenant, ceux qui veulent lancer un immense groupe de travail sur des journées pédagogiques sur le terrain en 2023, peuvent me contacter. On verra alors qui veut sauver les blocs de grès du CAHOS !!!!!

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PRÉCISIONS APRÈS LA PARUTION SUR FACEBOOK DE CE PAPIER. CET ARTICLE rédigé très vite en quelques heures, après la réunion Commission Escalade organisé par l’ONF et le Cosiroc, n’est pas exempt de fautes ou d’imprécisions. C’était d’abord un grand coup de gueule, on l’aura compris, sur la situation actuelle. Que l’on soit d’accord ou pas avec mes propos, il est maintenant temps d’agir pour sauver ce qui peut-être sauvé, concernant nos prestigieux chaos rocheux (enfin ce qu’il en reste). Certains Bleausards, très peu, ne sont pas enchantés par mes propos. Mais combien de ceux là ne veulent plus grimper dans certains sites surfréquentés et très âbimés comme le Bas Cuvier, Isatis et j’en passe. Effectivement beaucoup cherche des blocs plus isolés, dans des coins encore sauvegardés de la masse et du vandalisme. Mais pour combien de temps. D’autres m’ont dit texto. « Mais si les sites d’escalade sont cloisonnés, réglementés ce sera pire qu’avant. On va concentrer les utilisateurs à certains endroits. » Exact ou pas. Si l’ONF met en place une réglementation stricte, notamment pour les bonnes pratiques, si une compagnie d’éco gardes ONF était créé pour patrouiller, les sites d’escalade seraient mieux respectés. Beaucoup oublient l’argent qui a été dépensé pour lutter contre l’érosion dans ces sites : aménagement d’escalier, mise en place de zones en défend. Bien sur des grimpeurs ou autres participent à ces actions. Mais va t-on continuer indéfiniment à dégrader des sites pour ensuite essayer de réparer ce qui est dénaturé à jamais ????

Concernant la magnésie Oleg Sokolsky, pilier du Cosiroc nous apporte quelques précisions : « En Gym, la magnésie est d’abord utilisée pour absorber (immobiliser) la fine couche de sueur sur les mains, le temps de l’exercice. Et Oleg de préciser une de mes phrases non complètes à propos de la sur utilisation de la magnésie. « Attention, la magnésie ne contre pas la sudation des mains, au contraire, elle la favorise, en asséchant artificiellement l’interface main/magnésie. Cela produit un déplacement de l’équilibre eau des cellules de l’épiderme, en milieu extérieur. Bref, le corps réagit et les mains suent encore plus.« D’où le besoin d’en utiliser souvent. Mais pour moi ou dautres grimpeurs, la magnésie est juste une illusion, conduisant à des dégâts irreversibles du bloc de grès. Grégoire Clouzeau apporte sa pierre à l’édifice (TLBLO) : « nous sommes conscients qu’il va falloir faire des sacrifices et des compromis. Mais créer un groupe de travail pour interdire des zones et des pratiques (ouvertures de voies, informations autorisées), c’est donner le mot de la fin avant d’ouvrir les débats. » Pour cette dernière phrase, je dirais que le monde de la grimpe a bien eût le temps depuis trente ans, de se regrouper et d’agir. Oui il y a eu des actions de protection et de préservation des sites depuis les années 60. Mais tout le monde est dépassé par la situation actuelle. Et je mets l’Office des Forêts dans le même panier. L’administration a été trop tolérante ces 20 dernières années sur les abus constatés sur les sites. Alors que l’ONF décide ou annonce qu’il veut prendre le dossier à bras le corps. J’y adhère. Quand l’ONF agît mal, le collectif Sauvez la forêt de Fontainebleau le dit. Quand l’ONF fait des actions positives avec les associations, nous le disons. Enfin Grégoire Clouzeau nous parle d’une réflexion à grande échelle, notamment du sud Francilien, comme pour le site des Avaux (Champcueil dans le 91), gros sport de grimpe. J’ai envie de dire, réglementons déjà Fontainebleau pour donner un signe fort. C’est fini on ne fait plus n’importe quoi dans une des plus belles forêt d’Europe. Enfin ce qu’il en reste, j’insiste bien. Et l’action ne peut attendre cinq ou dix ans. C’est maintenant.






Pascal Villebeuf

Reporter

Administrateur de l’ASABEPI

Membre de l’ANVL et du Collectif de défense des forêts d’Ile-de-France.

Grimpeur aussi…

LÉGENDE PHOTOS

JE VOUS PRÉSENTE FLYER ET AFFICHE SUR LES BONNES PRATIQUES DE L’ESCALADE.

ET AUSSI QUELQUES VUES DES BLOCS CONSTELLÉS DE TÂCHES DE MAGNÉSIE.


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