Forêt de Fontainebleau : les coupes de sécurité sont elles justifiées ?





Qu’est ce qui peut justifier les actuelles coupe de sécurité, au bord des routes ? Très visibles par exemple au bord de la D606, à hauteur du quartier du Bréau ou pire, le long de la D152, entre La Croix de Souvray et Ury. Là, des dizaines de hêtres sont tombés sous les tronçonneuses, beaucoup, bien loin de la route, créant un véritable couloir sans arbres, encore une demi coupe rase, sur près de 2 kms, avec plus loin de nouvelles plantations, sur un sol, sans humus. Une opération encore susceptible d’interrogations sur la gestion des bords de route et le plan d’aménagement 2015-2035. Car ces coupes ne sont bien sûr pas programmées, sauf avis inverse. Nous allons revenir sur cette opération, notamment si visible sur la parcelle 661 !!!

D’après l’Office National des Forêts, ces coupes de sécurité, que l’on peut juger très brutales, découlent d’accidents qui se sont produits dans le passé. Flash Black. Nous sommes en plein hiver 2017 et la météo alterne entre pluie, froid et rafales de vent. Un scénario classique qui fragilise nombre d’arbres. Mais ce n’est pas nouveau. La tempête de 1999 avait même provoqué une paralysie de la circulation avec des dizaines d’arbres tombés sur les routes et des milliers dans l’intérieur des parcelles.


Deux accidents graves dont un mortel !!!


Mais le 12 décembre 2017, un drame va toucher une famille du sud Seine-et-Marne. Il est 7 h 25 du matin. Une conductrice de 31 ans, domiciliée à NONVILLE, roule entre le hameau de Sorques (Montigny-sur-Loing) et Fontainebleau. Et soudain, un arbre, brusquement déraciné, tombe sur son véhicule. En bas des virages de l’Escargot. L’arbre a écrasé la voiture. Malgré l’intervention des secours, l’automobiliste va décéder. Un drame injuste et inacceptable bien sur. Une situation qui va fortement toucher les forestiers de la forêt de Fontainebleau et bien sur celui qui gère cette partie de la forêt. Qu’une forêt, dite gérée, provoque, même accidentellement le décès d’un promeneur ou d’un automobiliste d’est très difficile à vivre. Le sort s’acharne. Un peu plus tard, Le 4 janvier 2018, c’est un grand pin sylvestre qui va s’abattre sur une voiture qui circule sur la même route. C’est la période où une tempête secoue la France. Miracle, l’automobiliste n’est pas blessé. Mais ces deux accidents vont conduire à un procès. Et l’ONF est condamné.


Résultat, les coupes de sécurité, autrefois plus mesurées, ont fortement augmenté, notamment depuis deux ans, en liaison avec le Conseil Général. Nous avons demandé au département la réglementation exacte concernant ces coupes. Sans réponse pour l’instant. On parle de 6 mètres de dégagement au lieu de 4 mètres. Mais rien n’est sûr. On connaît bien le refrain français, chanté par les élus ou les entreprises. Avant, c’était le flou, maintenant il y a trop de normes. Pour ouvrir le parapluie de la sécurité, on en fait sûrement plus qu’il ne faudrait. Au nom de la sécurité oui, mais jusqu’où? C’est à la fois justifié et comme un gouffre ouvert sur le trop vide. En se promenant en forêt, personne n’est à l’abri d’une branche qui lui tomberait sur la tête. En tout cas, si des coupes de sécurité sont justifiées juste en bord de route, faut-il pousser la raisonnement à couper, même en dehors des distances de sécurité. C’est le spectacle désolant que l’on observe au milieu des parcelles qui longent les anciens terrains militaires du Bréau. Mais le long de la D152, entre la maison forestière de La Croix de Souvray et Ury, c’est la désolation. Il suffit de rentrer dans la parcelle 661, à partir de la route forestière de la Princesse Marie. Et là de nombreux et gros hêtres sont tombés. Il est vrai que cet essence n’est pas très populaire auprès de l’ONF. Ce dernier n’étant pas économiquement très viable en comparaison du chêne. Nous reparlerons de ce dossier en temps voulu. Mais revenons à la parcelle 661. En parallèle de la D152, à 20 m de la route, un long cloisonnement a permis de sortir tous les hêtres indésirables. Et derrière, un second cloisonnement a permis la mise en place de carrés de semis de nouveaux plants, notamment de chênes. Une nouvelle expérimentation sans nulle doute, où chaque mini parcelle grillagée regroupe une dizaine de très jeunes arbres. Problème : on a éclairci toute la zone. Résultat, si de fortes chaleurs règnent à partir du printemps. Et cela a déjà commencé depuis 15 jours, car le sol devient rapidement sec, malgré les pluies de février-mars, les plants auront beaucoup de mal à survivre. Surtout qu’ils sont plantés dans un sol sableux pauvre en humus (voir photo). Alors n’aurait-il pas mieux fallu garder les nombreux hêtres qui n’étaient pas en bord de route pour faire de l’ombre aux plants de chênes, pour garder une certaine fraîcheur à la forêt ? Encore des interrogations auxquelles l’ONF répondra bientôt…ou pas. La suite sur : https://www.sauvezlaforetdefontainebleau.com/

Pascal Villebeuf

Reporter

Spécialiste de la forêt de Fontainebleau.


LÉGENDES PHOTOS : Encore des hêtres et des beaux tombés le long de la D152 et beaucoup au delà des périmètres de sécurité. Derrière l’enracinement gagne, toujours et encore.

En arrière, un long cloisonnement pour couper et évacuer les grûmes. Et encore plus derrière, des carrés de semis, qui ne pourront certainement pas survivre, car plantés dans un terrain très sableux, sans vraie couche d’humus.



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