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Forêt de Fontainebleau : le meurtre sordide de Sidonie Mertens par Mathilde Frigard!!!






EPISODE 1.

La forêt de Fontainebleau a depuis des siècles accumulée les légendes et les crimes affreux. J’ai été moi-même un des témoins principaux de l’assassinat des Fiancés de Fontainebleau, à la fin des années 80, dans le secteur du Coquibus (Mare aux Joncs). J’ai participé activement à l’enquête criminelle, dès le premier jour, ce 31 octobre 1988. Ce crime, resté impuni, malgré un suspect puis un acquittement m’a marqué à vie. On a aussi beaucoup parlé de l’affaire Eugène Weidmann, qui avait commis trois meurtres dont un sur le site de la caverne des Brigands à Barbizon, avant la seconde guerre mondiale.

Mais un crime, moins connu mais passionnant par son côté d’analyse sociale s’est produit un siècle plus tôt. De son souvenir, il subsiste un rocher gravé, avec juste une date : 8 mai 1867 et une croix, entre le carrefour de la Libération et Franchard. Et le scénario de ce crime ferait un parfait scénario pour la série Paris Police 1900. Du pur jus de crime fantasque et abracadabrantesque.

C’est l’époque de Napoléon III, de l’exposition Universelle de Paris, l’époque où le tourisme moderne commence à se développer. Et notamment pour la découverte des fameux sentiers bleus de la forêt de Fontainebleau. L’époque où la forêt est admirable par ses chênes aux allures de vieillards respectables, de berceau du romantisme et de l’écologie (révolte des peintres de Barbizon contre les coupes de chênes et la plantation de milliers d’hectares de pins). L’époque où Georges Sand et Victor Hugo, qui ont placé la forêt de Fontainebleau à l’image d’un Monument National. C’est aussi, quelques années auparavant, en 1849, que l’empereur Napoléon III a inauguré la ligne de chemin de fer conduisant les Parisiens à prendre l’air à Fontainebleau avec ce que l’on a appelé le « train du plaisir ». J’aurais tendance à dire le train vers les plaisirs. Ce sont d’abord les élites culturelles qui ont fait connaître les beautés du site. Puis fréquenter la forêt de Fontainebleau devient à la mode, pour la bourgeoisie huppée, en mal de dépaysement et de sensations fortes. On fait alors l’aller et retour dans la journée pour une simple balade et un restaurant. C’est l’époque où l’auberge de Franchard (qui a disparu voilà vingt ans) ouvre ses portes. Mais d’autres touristes n’hésitent pas à séjourner dans les beaux hôtels de la cité impériale. C’est ainsi que deux femmes débarquent à Fontainebleau, en 1867. Le 7 mai, elles arrivent de Paris par le train de 18 h 30 et descendent à l’hôtel de France et d’Angleterre situé à l’époque près de l’actuel carrefour de la Libération. Leurs noms : Sidonie Mertens 31 ans originaire de Boulogne-sur-Mer et son amie Mathilde Alexandrine Frigard ancienne commerçante affabulatrice. Elle sont arrivées par le train. Le lendemain, elles décident d’aller déjeuner à l’auberge de Franchard, restaurant qui a été ouvert en 1851 par les frères Lapotaire et qui est déjà réputé. Après ce repas, elles congédient le cocher. Des témoins les voient riantes et un peu dans l’ivresse. Apparemment Mathilde va convaincre Sidonie de rentrer à pied à Fontainebleau par les chemins forestiers. Le temps s’écoule. Le drame se noue.




ÉPISODE 2.


Le dimanche 12 mai 1867, le cocher Onésime-Auguste Noël revenait avec sa voiture du Bouquet du Roi, célèbre chêne de la forêt, en passant par la route du Mont-Fessas. C’est un chemin au creux d’un joli vallon avec un nom étrange, la fosse à râteau. Là, à quelque pas du chemin, en contrebas, il remarque une femme étendue au milieu d'une petite clairière. Elle porte une belle robe de dentelle à crinoline rouge et une ombrelle cache son visage. La femme semble dormir paisiblement, se reposant peut-être d'une longue promenade par ce chaud après-midi de printemps. Alors il passe son chemin. Mais le lendemain, la silhouette, le corps est toujours là, étendu. Il descend de son attelage et s’approche du corps. En soulevant l’ombrelle, qui dissimule le visage, il aperçoit un grouillement de vers et de larves d’insectes. Le clocher, prénommé Noël, alerte la police. Et l’on découvre l’identité du cadavre : Sidonie Mertens, 31 ans, originaire de Boulogne-sur-Mer. Son nom : Mertens-Dusart est en effet grévé à l’intérieurC’est le commissaire Trocherie et son équipe qui sont chargés de l’enquête au départ.


Dès le 15 mai, l’affaire est confiée au juge bellifontain Hippolyte Bouilly. Ce dernier enjoint le chef de la Sûreté de la préfecture de police parisienne, Antoine Claude, de faire rechercher Mathilde Frigard-Lebouis, dont le comportement et les propos ont paru étranges aux différents témoins. Cette dernière est rapidement appréhendée dans sa boutique de comestibles nouvellement acquise, 34 rue Montholon. Quelques heures plus tard elle est en état d’arrestation car les policiers ont découvert dans la chambre de bonne qu’elle occupe à proximité de l’épicerie des valeurs appartenant à la victime et un revolver à 6 coups chargé et des manuels de toxicologie.


Du coup la Frigard est cuisinée. Cette dernière va mitonner un beau bobard. Elle raconte qu’elle a perdu Sidonie en forêt. Que cette dernière voulait certainement se suicider. Ou qu’elle allait retrouver un de ses nombreux amants, un anglais dénommé Williams. Sidonie aurait été enceinte et son amant voulait qu’elle avorte. Et comme elle refusait, il l’aurait assassiné. Un coupable inventé mais idéal. Pourtant, les masques tombent très vite. Les policiers découvrent que le compte bancaire de Sidonie Mertens a été vidé récemment, à l’aide d’une fausse procuration. De plus Mathilde a volé une broche de Sidonie pour la revendre à un bijoutier. Les preuves sont accablantes. Elle est déferrée à la Conciergerie (prison de l’époque) le 17 mai 1867.

Et le 9 août, Mathilde Alexandrine Frigard est accusée de meurtre. A cette période cet assassinat en forêt de Fontainebleau fait la Une de la Presse. Mais juste quelques jours. Car les sources se tarissent presque mystérieusement. Cette soudaine discrétion a une explication simple. Charles-Emile Duret, le commissaire du quartier Rochechouart qui a pris le relais comme chargé d’enquête n’est peut-être pas la personne adéquate. D’abord, il connaît déjà Mathilde Frigard. Incroyable, mais vrai, il habite lui même à la même adresse, au 34 rue Montholon, Paris 9ème, non loin des actuelles Galeries Lafayette. Et plus précisément, au dessus de l’épicerie, récemment acquise par la Frigard. Et en plus il sait tout de la victime, Sidonie Mertens. Dans son rapport de police du 10 mai, il indique ainsi qu’il a reçu à deux reprises au commissariat, un certain Henri Buffet, 27 ans, qui s’inquiétait de la disparition de sa co-locataire et ex maîtresse, une dénommée Sidonie Mertens. Et ce n’est pas tout, le commissaire Duret, surnommé par la brigade des Mœurs, Le Requin, pour avoir passé une partie de sa vie avec les Dames, a pour principal indicateur, un dénommé Henri Burdet, proxénète de son état, baptisé le Dos-Vert. Un jeune homme plein de vie et endetté, placé sous curatelle par ses parents restés en Savoie. Ce dernier, en échange d’information à la préfecture de police, reste impuni. Même tableau à Fontainebleau. Le juge d’instruction de l’époque ne creuse pas vraiment son dossier. Il n’interrogera jamais l’accusée sur les activités qu’elle a exercé à Paris. Et ne semble pas intéressé par le paradoxe d’une mère de famille à l’allure provinciale, qui va tout à coup basculer dans l’homosexualité et le Gai Paris. Il ne va pas convoquer les propriétaires de l’hôtel du Liban, dont Mathilde a assuré un temps la gérance, abritant des demi-mondaines célèbre pour leur tribadisme (comportement lesbien) et leur proximité avec des épouses d’hommes politiques ou de militaires. On citera parmi les habituées, la célèbre danseuse de bals publics, Alice La Provençale.

Sûrement par discrétion. Ou alors par ambition personnelle. le juge Bouilly ne fait pas de zèle. Il est en disgrâce pour ses opinions républicaines. Il voudrait quitter le tribunal de Fontainebleau, car la ville lui déplaît. Or pendant son enquête, en juillet 1867, deux sénateurs qui peuvent décider de son avenir, lui font miroiter la présidence d’un autre tribunal. Oui mais à une condition. Qu’il mène très délicatement l’Affaire Frigard en cours. En gros : pas de vagues. A SUIVRE….




ÉPISODE 3.



Donc la justice va s’exécuter rapidement. Peut-être de manière expéditive. En tout cas, le 9 août 1867, se déroule déjà le procès au tribunal de Melun de la femme Frigard, défendu par l’avocat Lachaud, baptisé « le technicien du sanglot ». Un journal raconte. : « l’accusée a écouté la lecture de l’acte d’accusation en baissant la tête et en rougissant. Sa mise en simple : gantelet de soie noire, chapeau orné de lierre. Elle nie toutes les charges retenues contre elles. » Lors du traditionnel portrait de l’accusé, on découvre que Mathilde Frigard est une ancienne commerçante. Âgée de 34 ans, elle a délaissé mari (négociant en soieries) et enfants installés à Caen, pour essayer de faire fortune à Paris. Elle a du bagoût et se dit tour à tour, magnétiseuse, chercheuse de trésors, mais plus sûrement charmeuse et affabulatrice. A l’audience, elle renouvelle ses arguments : la présence d’un amant assassin et surtout, surtout, les tendances suicidaires de son amie Sidonie. « quand nous avons visité le fort de l’Empereur (Tour Dénecourt), elle a voulu se jeter dans le vide et j’ai dû la retenir par un pan de robe. » Le procureur de l’époque, fort des témoignages et preuves recueillis, va dresser un réquisitoire implacable contre La Frigard, la décrivant comme « diabolique et dangeureuse ». Il est vrai que le physique ingrat de la Frigard, ses affirmations perverses, énigmatiques, ne contribuent pas à envisager quelque sympathie auprès des jurés. La sentence va tomber comme un couperet. Elle sauve sa tête mais est condamnée aux travaux à perpétuité. Dommage pour le public, Mathilde Frigard confessa son crime quelques semaines plus tard, au même procureur. Elle se dit enceinte et lui avoue enfin avoir empoisonné Sidonie Mertens avec de l’acide prussique (cyanure). On apprend aussi que Mathilde Frigard était à la fois la magnétiseuse, bissexuelle et la proxénète de son amante Sidonie.

Une femme s’est penchée sur le passé et la personnalité de Mathilde Frigard. Il s’agit de Myriam Tsikounas, professeur à l’université Paris 1 Panthéon Sorbonne. Elle a notamment travaillé sur les figures de femmes criminelles. Elle a découvert la Frigard, en travaillant sur la série télévisuelle de Pierre Desgraupes, « en votre âme et conscience ». Et on va de révélations en révélations. En 1867, c’est le règne de Napoléon III. C’est le moment où vient d’ouvrir l’Exposition Universelle de Paris. Alors le procès va sûrement jouer d’impressions simplistes. Comment la belle Sidonie Mertens a t-elle pu se lier à une femme érudite, mais ruinée et laide ? Eh bien Mathilde l’aurait hypnotisée et droguée. Myriam Tsikounas, elle même hypnotisée par une émission TV de Pierre Desgraupes (En votre âme et conscience) qui évoque la Mathilde, sous les traits de l’immense actrice Maria Casarès, va fouiller son passé.



ÉPISODE 4


Le père de Mathilde Frigard, Alexandre Lebouis, est un officier militaire section santé qui devient docteur à Paris. Il s’intéresse au magnétisme animal. Il finira médecin des pauvres en Normandie. Il aurait transmis à Mathilde, le goût pour les ouvrages de médecine et de spiritisme. En 1852, elle se marie avec son petit cousin, une sorte de porte de sortie pour Mathilde, qui rêve d’ascension sociale. Elle parviendra à ouvrir une boutique de luxe à Caen. Elle pousse son mari à faire l’acquisition d’une filature de soie. Le couple se spécialise dans la soierie haut de gamme et obtient un prix à l’exposition Universelle de 1862. Elle fait désormais partie d’une élite. Elle organise des séances de spiritisme très appréciées. Elle s’intéresse aux forces occultes, aux trésors cachés. Mais patatras. En 1865, c’est la faillite pour le couple. C’est là que la Frigard quitte Caen pour Paris pour « se refaire une situation ». Puis c’est le meurtre et la prison. Myriam Tsikounas va chercher dans les archives pénitentiaires. Mathilde a sympathisé avec l’épouse du directeur de la prison de Melun. Elle accouche d’un bébé qui meurt deux semaines plus tard. Puis elle est transférée à la centrale d’Auberive (Haute Marne). Au même endroit l’établissement va accueillir 53 communardes, dont la fameuse Louise Michel. En 1884, l’abbaye-prison est destinée à n’accueillir que des délinquants mineurs. Les femmes détenues doivent être transférées ou libérées. Mathilde Frigard, numéro d’écrou 3391, 52 ans, disparaît, sans laisser beaucoup de traces. Étonnant. S’attirant les bonnes grâces de plusieurs hommes influents dont un général, elle aurait terminé sa vie, libre, à Grimaud dans le Tarn. Probablement, au services des indigents, dans un hospice, tenu par une communauté religieuse, dont fait partie sa propre fille. Myriam Tsikounas décrit plutôt Mathilde, comme une mère courage. Elle aurait été victime d’un mariage mal assorti, de quatre décès précoces de ses enfants. Mais finalement, on parle peu de Sidonie Mertens. Et d’abord, ou est elle enterrée ? A suivre…..


Pascal Villebeuf

Reporter

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