FONTAINEBLEAU BERCEAU DE L’ÉCOLOGIE ET DU ROMANTISME : LE SAVIEZ VOUS ? Épisode 1.

FONTAINEBLEAU BERCEAU DE L’ÉCOLOGIE ET DU ROMANTISME : LE SAVIEZ VOUS ? Épisode 1.


L’URGENCE ÉCOLOGIQUE ON LA BRANDIT PARTOUT. LE RÉCHAUFFEMENT CLIMATIQUE ? C’est la plus grande menace qui va tout dévaster, avec la pollution grandissante qui envahit nos vie. Nous allons souffrir peu à peu d’une chaleur étouffante répétitive et de manque de pluies. Et pourtant il existe un régulateur magnifique du climat : les forêts. Et ça tombe bien, tout autour de nous, nous avons une des plus grandes forêts de France avec ses 25 000 hectares. Mais saviez vous que cette forêt est sûrement le berceau de l’écologie en France et qu’on y créa la première ZAD (Zone à Défendre) dans l’histoire de France ? Eh oui, tout cela remonte loin, à presque deux siècles.Jusqu’au début du XIX ème siècle, les arbres de Fontainebleau ont eu les grandes faveurs de la monarchie. Car depuis le Moyen-âge, précisément le XIIème siècle, les rois de France n’ont cessé de faire grandir leur citadelle locale, du Donjon à la galerie François 1er, jusqu’à Napoléon 1er. Les monarques y viennent notamment pour chasser. Ils ont donné des consignes pour planter dans la forêt de Bière (ancien nom de la forêt de Fontainebleau), des chênes, ces chênes portés haut par l’école des peintres de Barbizon. Un peu avant, la forêt s’éclate en rêveries épistolaires à travers le roman de Sénancour (1770-1846), intitulé : Oberman, une sorte de promeneur solitaire, façon Jean-Jacques Rousseau. Les premiers soubresauts du romantisme sombre, le mal du siècle, que fait transpirer Alfred de Musset, amant de Georges Sand, prennent leurs racines à Fontainebleau. Là où ils vont séjourner. En 1833, ce couple torride, âgés respectivement de 29 et 23 ans, sont en villégiature à Fontainebleau, du 5 au 13 août, à l’hôtel Britannique, rue de France, à hauteur du carrefour de La Fourche (près du site de l’actuelle et moche tour Warnery). Ils font une excursion aux gorges de Franchard. Au cœur de ce chaos rocheux, Musset, habité, croit apercevoir son double. Hallucination. Un cri déchirant traverse le canyon de Franchard. Quelques temps plus tard, alors que les amants merveilleux se déchirent, G. Sand fait une proposition au comble du romantisme. « Veux tu que nous allions nous brûler la cervelle ensemble à Franchard ? » Finalement ils vont décider d’une simple séparation. Mais à l’époque, La féministe et bientôt écologiste Georges Sand, fréquente aussi les peintres de l’école de Barbizon, dont Théodore Rousseau s’affiche comme le chef de file de ce mouvement naissant. Comme pendant le confinement. Il n’y a pas de hasard, Théodore Rousseau, âgé de 24 ans, décide de quitter Paris, ville déjà gagnée par la pollution et le bruit de la révolution industrielle. Et trouve un hâvre de paix et un retour à la nature dans le village de Barbizon. Il y trouve de la sérénité auprès de ses chers arbres, aux formes tourmentées et majestueuses dans une forêt aux reliefs si étranges et si séduisants à la fois. C’est le début de ce que j’appellerais l’atelier en pleine nature. Un peu plus tard, s’installeront Camille Corot, Jean François Millet ou Jules Dupré. La bande se retrouvent au cœur de l’auberge Ganne, véritable quartier général de ces peintres. C’est l’époque où l’administration forestière royale procède à des réaménagements forestiers. Plus de 8000 hectares sont ainsi reboisés entre 1720 et 1830, surtout en chênes et en hêtres. Mais sur les sols les plus sableux, on a de plus en plus recours aux conifères. Le pin sylvestre a été introduit dès 1786, ponctuellement. Mais entre 1830 et 1847, c’est 5400 hectares qui sont plantés en résineux. Notamment dans le secteur de Barbizon où l’on souhaite abattre des feuillus dits dépérissants. Les paysages adorés des peintres sont donc menacés. La révolte gronde. Ceux que l’on surnomme les Bizons car ils sont très barbus, vont monter une véritable guérilla, façon éco-guerriers pour contrer l’enrésinement du massif. La nuit, ils arrachent les plants de pins. Les artistes ne sont acceptés à la table du père Ganne que s’ils peuvent témoigner de leur action et s’ils brandissent au moins 2 plants de pins sylvestre. C’est la maxime du « Pain pour pin » qui est à l’honneur. C’est la bohème écolo et romantique qui vénère les arbres sacrés et déteste le célèbre inspecteur des forêts au nom si signifiant, Achille Marrier du Bois d’Hyver. A travers leur œuvre qui prend peu à peu des lettres de noblesse, les Bizons se font connaître du pouvoir. En 1852, Théodore Rousseau sensibilise le duc de Morny (demi-frère du nouvel empereur Napoléon III). Il lui décrit les dévastations commises par l’administration forestière en forêt de Fontainebleau. Pour les peintres, cette forêt est comme un musée à ciel ouvert. Un an plus tard, première victoire, la ZAD défendue par les peintres est exemptée de coupes réglementaires, soit 624 hectares, qui deviennent la première Réserve artistique, la première réserve naturelle protégée au monde, bien avant le parc national de Yellowstone, en 1872. Fontainebleau berceau de l’écologie eh oui. Bien sur, à l’époque, les peintres défendent plutôt l’esthétisme, que la biodiversité. Mais protéger la nature et son écosystème est un sentiment qui flotte déjà dans l’air. Jean-François Millet et même Gustave Courbet sont aux avant postes et Théodore Rousseau déclare en 1839 : « les marchands de bois voient dans la forêt, le lieu où l’on peut faire une grande fortune, en rendant ce lieu, le plus laid du monde »! Si Rousseau revenait, il serait sûrement horrifié. Les coupes rases des années 70-2000 ont tout dévasté, tout banalisé !! Et les pins sylvestres ont envahi trois quarts du massif de Fontainebleau!!

LE PREMIER MANIFESTE ÉCOLOGIQUE


Cette vision sombre, Georges Sand va le traduire par une sorte de premier manifeste écologique au monde, dans un texte consacré à la forêt de Fontainebleau, en 1872. « Les forêts séculaires sont un élément essentiel de notre équilibre physique. Elles conservent dans leurs sanctuaires, des principes de vie qu’on ne neutralisent pas impunément. » Et de lancer un appel au peuple : «tous les habitants de France sont directement intéressés à ne pas laisser la France dépouiller de ses vastes ombrages. Tout le monde a le droit à la beauté et à la poésie de nos forêts. De Fontainebleau particulièrement, qui est une des plus belles choses du monde. La détruire serait dans l’ordre moral, une spoliation. Un attentat vraiment sauvage à ce droit de la propriété intellectuelle, de celui qui n’a rien que la vue des belles choses, l’égal, quelquefois le supérieur de celui qui les possède. » Le 30 juillet 1873, le ministre de l’instruction publique et des Beaux Arts, a la surprise de trouver une étrange requête sur son bureau. On y trouve la supplique de 218 signataires de gloires de l’époque : Victor Hugo, Jules Michelet, le baron Taylor et Georges Sand notamment. Ces personnalités demandent de surseoir à la destruction programmée de 13 298 chênes, 4828 hêtres et 1720 hectares de taillis de la forêt de Fontainebleau. L’écrivaine, née Aurore Dupion avoue : »J’ai signé sans être complètement au courant de la situation. Mais il s’agit d’approuver tout effort pour la conservation de ce monument naturel, très logiquement classé par les pétitionnaires parmi les monuments nationaux. La dépecer, la vendre, c’est l’anéantir. Et je n’hésite pas à dire que c’est un sacrilège! »

A SUIVRE……

PASCAL VILLEBEUF

REPORTER

SPÉCIALISTE DE LA FORÊT DE FONTAINEBLEAU

MEMBRE ACTIF DE TROIS ASSOCIATIONS DE DÉFENSE DE LA NATURE.


FONTAINEBLEAU BERCEAU DE L’ÉCOLOGIE (Épisode 2)




L’écologie à Fontainebleau, c’est presque dépassé. Qui à présent défend le massif ? Vraiment ? Se préoccupe des écosystèmes détruit chaque année par des coupes qui ne se justifient plus. Même le rapport du GIEC y fait allusion. Alors Fontainebleau berceau de l’écologie ? C’est tout ? Non. Saviez vous qu’à presque dix reprises, le massif de Fontainebleau a failli devenir un parc national. Le premier parc national de France ? On parle comme la mendicité d’appliquer une futaie irrégulière à Fontainebleau depuis quelques années. Comme si on pouvait réparer les erreurs destructrices du passé ! Eh bien saviez vous qu’en 1904, l’aménageur forestier Duchaufour, après analyse des sols et des peuplements, estime qu’il n’est pas possible de traiter la forêt de Fontainebleau en futaie régulière, c’est à dire en pratiquant des coupes rases. Il annonce que l’on ne récoltera que 25 000 m3 par an, contre presque 40 000 actuellement. On parle alors de créer un musée végétal. Et en 1911, ce sont les artistes réfugiés à Marlotte, qui suggère l’idée d’un parc national. Idée reprise cette fois ci par les naturalistes de Fontainebleau (ANVL), en 1913, juste après la création de leur association. Malheureusement le déclenchement de la guerre fait échouer ce projet. La seconde guerre mondiale va la sacrifier : avec 691 000 m3 de bois coupés pour chauffer les parisiens et entretenir les fours des boulangers. 1948, 1953, 1955 et surtout 1960, Fontainebleau est pressenti pour devenir le second Parc National derrière celui des Écrins.

Drame. 1966 sonne le glas de l’ancienne et prestigieuse forêts des peintres de Barbizon. Les Eaux et Forêts disparaissent. Le gouvernement décrète la création de l’Office National des Forêts (Établissement Public Industriel et Commercial). L’office va devoir s’autofinancer par la vente de bois et la location de lots de chasse. Et des experts forestiers Annoncent la couleur. Non pas des experts écologues. Certains responsables forestiers de l’époque déclarent que la forêt est vieillissante. Pour la régénérer, il faut couper, couper, couper. Les années 70-2000 sonnent la victoire de la coupe rase, du traitement industriel des sols. Et même l’utilisation de désherbant jusque dans les années 90 !! Certaines réserves biologiques sont sacrifiées sur l’autel du beau bois à tronçonner. Le massacre de la forêt est tel que Théodore Monod, prestigieux professeur au Muséum de Paris et mêmes des syndicalistes forestiers (eh oui) protestent contre cette exploitation intensive!! En 1989, c’est le président Mitterrand lui même qui demande l’examen d’un nouveau statut pour Fontainebleau. Suivra le fameux rapport Dorst, ancien directeur du museum et de Patrick Blandin.. qui préconisera de faire de Fontainebleau, un « lieu exemplaire de la gestion active du patrimoine naturel, proposant également la mise en place de la futaie irrégulière. Un temps de dingue !!! Eh oui, futaie irrégulière qui n’est vraiment en place que depuis cinq ans ! Comme quoi la bataille écologique pour la préservation du massif géant chéri par les artistes et les scientifiques avait encore à attendre de nouveaux feuilletons. Et je serais témoin de l’un d’eux. En 1993, très jeune journaliste, je suis de permanence au bureau du journal Le Parisien, quand un autre jeune se présente, un dossier épais à la main. Samuel Baunee. Il a été exclu de l’association des Amis de la Forêt. A l’époque je l’ignore. « J’ai créé le Comité pour un Parc National à Fontainebleau et mon équipe est soutenu par des dizaines de personnalités scientifiques. Dont François Ramade, président de la Société Nationale de Protection de la Nature. » A l’époque, comme le raconte Patrick Blandin du Muséum, le but caché de cette action est de retirer la gestion de la forêt des Fontainebleau à l’ONF, au motif, d’une sylviculture néfaste et donc illégitime. A ce propos pour parler du concept Parc National. D’abord, je n’ai jamais été favorable à pousser l’ONF est surtout ses forestiers à la porte. Bien au contraire, puisque participant aux débats du dernier projet Parc National en 2009, j‘avais au contraire dit qu’il fallait donner plus de moyens en personnel à l’ONF et créer une compagnie d’éco garde ONF pour encadrer ce que j’appellerais le tourisme polluant : déchets, vandalisme, réglementation varappe, VTT, etc. Dernièrement j’avais rappelé dans un article ce vœu d’éco gardes. Mais sans expliquer le fond du dossier. Une tournure mal comprise par la direction de l’ONF et ses forestiers qui adorent leur métier. Et pourtant, un projet qui semble incontournable pour l’avenir, au vu des débordements enregistrés chaque semaine, comme les bivouacs sauvages, en forte augmentation. De plus je ne suis plus favorable à la mise en place d’un Parc National à Fontainebleau. En fait il ne protégerais que 5000 hectares en Coeur de massif. Un défi compliqué qui nécessiterait à Minima de fermer la Route Ronde, par exemple. Actuellement, 2500 hectares sont en espaces vraiment protégés : Les Réserves Biologiques. Et encore quand elles ne sont pas souillées par des afficionados du VTT trail et même certains randonneurs indélicats. La mise en place du Parc National des forêts de Plaine en 2018 (qui fût lancé en 2009, après l’échec du projet Fontainebleau) couvre une surface de 56614 hectares. Mais sa réserve intégrale, laissée en libre évolution depuis 2021, est de 3087 hectares. Ce qu’il fallait à Fontainebleau, c’était de mettre en place la futaie irrégulière et la garder depuis un siècle. Le public aurait alors pu voir une vraie forêt, avec des peuplements complets, d’âge différent et avec beaucoup plus d’espèces. Car ne nous méprenons pas. Les essences majoritaires à Fontainebleau sont : 1) le résineux à 60% et le chêne à 40%. Le contraire de ce qu‘affirme le gestionnaire dans toutes ses plaquettes d’information au public. L’agronome, spécialiste de l’écologie forestière, Didier Carbiener l’affirme haut et fort : « le système de régénération par coupe rase a favorisé le pin et non le chêne. » D’où un enrésinement galopant, jamais maîtrisé et qui pourrait à terme signer la perte de la forêt de Fontainebleau. Nous en reviendrons.

Mais bref revenons à nos moutons. Le Comité pour Un Parc National à Fontainebleau espère que ce statut pourra être adopté à l’occasion du 50ème anniversaire de l’Union Internationale de Conservation de la Nature, en 1998. A l’époque un sondage révèle que 91% des français sont favorables à ce statut de Parc National à Fontainebleau. Il serait intéressant d’en lancer un nouveau. Mais juste pour le geste. Bon pendant ces années 90, il y a beaucoup de débats internes à l’ONF ou par exemple à l’association des Amis de la Forêt (AFF). Qui après avoir elle même milité pour un parc national jusque dans les années 60, tourne casaque, pensant ou pas avoir obtenu un infléchissement de l’ONF sur les coupes. C’est à ce moment là, en 1994, qu’une guérilla s’installe. Mais rien à voir avec les gestes et les doléances des peintres de Barbizon. Entre mai et décembre 1994, je reçois au journal des lettres tapées à la machine, revendiquant des actes qui seraient aujourd’hui jugés comme des actes terroristes. Ces tracts sont signés Bleau-Combat. Des éco-guerriers, inspirés des éco-warriors anglo saxons, sèment la peur dans le massif. Dégradations des panneaux ONF, tags sur les maisons forestières, sabotage à répétition sur des engins d’exploitation forestière, mise en place de clous de 180 mm dans les arbres devant être abattus, etc. Fait d’arme le plus symbolique, ils arrachent 6400 plants de cèdres, récemment plantés par l’ONF, dans une parcelle située au bord de la Nationale 152. Je vais sur place. Et je vois cette parcelle nue. Et ces milliers de micro arbres qui gisent à terre. L’enrésinement est à terre La police finit par mettre sur écoute Samuel Baune, qui semble être le meneur de cette guérilla. En décembre 1995, ils sont trois à être interpellés. Et passeront les fêtes de Noël en prison. Ces actions illégales mèneront même à une manifestations des professionnels de l’exploitation forestière. Du jamais vu à Fontainebleau.

A suivre



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